vendredi 25 novembre 2011

Rando en pays mossi


Quelques photos de 3 jours de rando dans la région de Kaya avec Thibaut, Goulven, Valentine et Béa.

Au départ de Kaya (photo TM)

Le 1er barrage aux couleurs magnifiques

Photo automatique (Photo TM)

Première nuit sur le rocher du Roi Lion

Jour de Tabaski : retour de prière au village de Damesma (Photo TM)

Salle d'accouchement d'un CSPS (centre de santé et de promotion sociale) (Photo TM)

La colline jaune

Regards à l'horizon sur la prochaine colline

A la sortie du village, les enfants nous disent au revoir

Baobab

Croisée de deux troupeaux (Photo TM)

Remplissage des bouteilles d'eau à la pompe du village

Vue de la colline à la sortie du village

La nuit tombe sur le photographe

Après la colline jaune, voici le chemin jaune

Nuit 2 sous tentes moustiquaires (Photo TM)

Diner autour du feu (Photo TM)

Dernière vue à l'horizon sur tout notre itinéraire


mardi 15 novembre 2011

Différences culturelles : clés de compréhension

« A considérer que les hommes se divisent en deux groupes, ceux qui sont logiques, soi et les siens, et ceux qui ne le sont pas, les autres, l’homme s’interdit de comprendre l’autre : il est impossible de comprendre l’illogique. En revanche, en considérant que les autres sont, eux aussi, logiques, alors l’homme se donne les moyens de le comprendre».

Je me permets de réviser le titre du livre de Clair Michalon, Différences culturelles : mode d’emploi, car ma proposition de titre représente mieux selon moi le contenu de l’ouvrage. L’auteur nous donne ici un outil d’analyse pour comprendre les différences culturelles : le droit à l’erreur. Il oppose ainsi les concepts de précarité et de sécurité. Dans les sociétés vivant dans un contexte de précarité, le choix est perçu comme un risque. Toute initiative est un risque pris par rapport à une situation existante qui assurait la survie du groupe. Si mon grand-père a vécu jusqu’à 80 ans, il faut que je mène la même vie que lui pour y parvenir également. Au contraire, dans les sociétés qui vivent dans un état de sécurité (permis par le salariat, les retraites, les assurances, etc), les personnes ont le droit à l’erreur.

Cette distinction a plusieurs implications, notamment sur le statut des femmes, les mariages arrangés, les relations sociales, le rapport au temps, le rapport au travail, etc.

Une perception différente de l’initiative

Dans les sociétés sous l’influence de la sécurité, l’initiative est perçue comme une vertu, il faut faire mieux que son père. L’objectif social consiste à augmenter son niveau de vie. Au contraire, dans les sociétés de précarité, toute initiative prise est un risque pouvant menacer la survie. Ces sociétés vivent donc dans une logique conservatoire, et toute nouvelle pratique (technologique, économique, sociale) devra venir en addition des pratiques existantes.

Le statut de la femme et les mariages arrangés

L’objectif social des sociétés dans un état de précarité est d’assurer la reproduction du groupe. Les femmes, de qui dépend la capacité du groupe à se reproduire, sont donc protégées et exclues des lieux dangereux (espaces militaires et guerriers, puis par extension espaces politiques et religieux, qui sont les lieux de prise de décision…). Par ailleurs, l’objectif de reproduction explique l’obligation de mariage. Une preuve en est qu’il n’existe pas dans certaines langues locales de mot pour désigner une femme célibataire. En moré par exemple, alors qu’un homme célibataire se dit rakoore, on parlera d’une femme non mariée (ka yikaad ye) ou d’une jeune fille (pogseda).

Dans cette même logique, il est important de conserver un nombre suffisant de femmes au sein d’un groupe. Aussi, si une femme d’un groupe donné se marie en dehors de celui-ci, elle devra être compensée par un mariage arrangé.

Les relations sociales et la solidarité obligatoire

Dans un contexte de précarité, nouer et entretenir des relations au sein d’un groupe est essentiel. La principale raison est qu’ainsi, chacun pourra compter sur ces liens d’appartenance pour y puiser les moyens de sa survie en cas d’extrême difficulté. D’autres facteurs accentuent ces relations sociales, par exemple la tradition orale qui implique que l’accès au savoir passe par les liens sociaux. Dans la culture de précarité, une personne se définit par « fils de… » et le pauvre est celui qui n’a pas d’amis.

Néanmoins, entretenir des relations au sein d’un groupe est couteux en temps et en énergie. Par ailleurs, il crée un rapport d’allégeance à l’autre qui bien souvent, en empêchant celui qui a pris des risques de pouvoir jouir des bénéfices, pèse sur l’initiative et la liberté.

Par exemple, j’ai un ami ici qui est le second d’une famille de 6 enfants. Il a 19 ans et est en 4ème. Son père a 57 ans et d’ici quelques années, il n’aura plus d’énergie pour travailler. Ses enfants auront pour rôle de subvenir à ses besoins. Mon ami calcule : d’ici 3 ans, il devra se mettre à travailler, il a tout juste le temps d’obtenir son brevet. Son rêve est de partir en France pour gagner de l’argent et aider sa famille. Cela lui permettrait de permettre à ses petits frères de faire des études.

La fonction comme système d’identification sociale

A la différence de la culture de précarité qui cale le principe existentiel sur l’appartenance à un groupe, les personnes vivant dans des sociétés de sécurité se définissent par leur fonction. Il suffit de penser à une des premières questions que l’on pose à une personne nouvellement rencontrée, qui parait absurde ici : Tu fais quoi dans la vie ? La personne est souvent réduite et soumise à sa fonction.

On peut relever plusieurs implications de ce principe fonctionnel Je fais donc je suis. En premier lieu, la définition d’une personne est variable, ce qui pourra être source de questionnement pour la personne. Par ailleurs, celui qui ne fait pas est exclu (chômeurs, personnes âgées, etc). Enfin, le travail est devenu l’axe unique de socialisation. L’obligation sociale de travailler pousse l’ensemble de la population à postuler à un emploi au-delà des impératifs économiques de chacun. Des liens sont peut-être à établir avec le taux de chômage.

Le rapport au temps : conception linéaire vs cyclique

Dans les cultures de précarité, le temps est cyclique et lié au monde rural. Particulièrement au Burkina Faso, l’année se divise entre saison sèche et saison des pluies, et la période de soudure (de mai à septembre, la période de soudure s'étend du moment où les stocks de céréales s'épuisent à la récolte suivante, qui survient après la saison des pluies) est un facteur clé à prendre en compte dans la mise en œuvre de toute activité. Durant cette période, les gens sont aux champs et l’argent manque. Se nourrir devient une priorité.

Dans les sociétés de sécurité, le temps est linéaire et maitrisable. Des notions de perte et gain de temps, planning, projet,…, apparaissent.

Relecture des politiques d’aide au développement

Considéré sous l’angle du droit à l’erreur, une politique d’aide en développement consiste en des acteurs des pays industrialisés, avec leur propre système de références culturelles qui intègre le droit à l’erreur, qui poussent à la modification de comportements des acteurs n’ayant pas ce droit. Par ailleurs, le développement, au travers notamment du concept de projet, repose sur l’idée d’un lendemain meilleur, qui n’est concevable qu’avec une conception linéaire et maitrisable du temps. Pour illustration, le mot développement est traduit dans plusieurs langues locales par désordre ou chaos. C’est une vision d’un lendemain dont la maitrise échappe à l’homme.

Finalement, Clair Michalon conclut qu’il est possible de lire le schéma précarité – sécurité comme un compromis chaque jour renouvelé entre solidarité / allégeance et liberté / solitude.